Le « Grand Jeu » ukrainien : une lutte d´influence

Qui de Vladimir Poutine ou de l’Otan aura le dernier mot sur les steppes ukrainiennes de l’est ? Quel sera l’avenir de la population ukrainienne dans ces régions ? Entre jeu d’influence et sanctions commerciales de part et d’autres, l’Ukraine semble être le théâtre d’un conflit à long terme. Personne n’aurait imaginé un tel scénario un an auparavant tant les relations étaient amicales entre le Kremlin et le gouvernement de Kiev.

L'Ukraine entre Russie et UE

L’Ukraine entre Russie et UE

Retour sur les origines de la crise Ukrainienne

Pour les sceptiques de la contextualisation, je n’irai pas plus loin que l’époque soviétique, où l’Ukraine n’était alors qu’une région agricole de l’URSS. Elle retrouva son indépendance en 1991, mais le lien avec la Russie resta très fort en raison d’une majorité de russophones à l’est du pays. L’attache au Kremlin se défait progressivement lors de la révolution orange en 2004 au profit de l’influence américaine et européenne. Contraint de faire machine arrière avec l’élection contestée du russophile Viktor Ianoukovitch en 2010, l´Ukraine voit le point de départ de la contestation signer un ultime volte-face en novembre dernier, lorsque le président ukrainien a décidé de ne pas signer l’accord de libre-échange et d’association avec l’Union européenne.

Au lieu de cela, le pouvoir ukrainien a choisi de se rapprocher de la Russie via un accord dont les termes restent flous. Ce qui est sûr, c’est que Moscou a accepté de fournir plusieurs milliards de dollars à l’Ukraine en difficulté financière. Pour les manifestants, c’est le signe d’un assujettissement certain du pays, qui rappelle le temps où l’Ukraine n’était qu’un satellite de Moscou. Ce revirement entraina d’importantes manifestations pro-européennes à Kiev (soutenues par l’Union Européenne). Une fois la place Maïdan prise, le mot d’ordre était simple : la démission du Président Ianoukovitch.

Suite à sa fuite en Russie, de nombreuses villes de l’Est et de Crimée soutenues par le Kremlin s’opposèrent au nouveau gouvernement mis en place. Débute alors une crise entre l’ouest et l’est, toutes deux soutenues par deux puissances majeures.Le point culminant de la crise intervient lorsque des troupes russes sous uniforme neutre appuyées par des sympathisants pro-russes prennent possession de la Crimée (60 ans après le transfert de la péninsule de Crimée à la République soviétique socialiste d’Ukraine par Nikita Khrouchtchev). L’annexion de la Crimée par la Russie sonne le glas des relations diplomatiques « cordiales » entre les Occidentaux et le Kremlin.

L'ours russe face aux Occidentaux

L’ours russe face aux Occidentaux

Séparistes pro-russes contre troupes gouvernementales

La Russie devait à tout prix garder ses avantages géostratégiques et économiques dans la Mer Noire, via le port de Sébastopol (qui lui donne également accès à la Méditerranée par le détroit du Bosphore). L´annexion lui permet notamment de ne plus payer le loyer d´un montant de plusieurs milliards de la location de la base navale de Sébastopol.
Justifiée par un référendum, la Crimée devint russe. S’ensuit une vague de mouvements séparatistes similaires dans l’est de l’Ukraine (Donetsk, Lougansk, Slaviansk). Cependant le nouveau gouvernement Euromaïdan affirme ne pas vouloir voir l’est de l’Ukraine etre rattaché à la Russie. C´est alors que les milices ukrainiennes, affirmant agir pour préserver l’intégrité de leur pays, se lancent dans la lutte contre les séparatistes prorusses, exactions et abus compris (massacre d’Odessa).
La situation s’envenime et dégénère jusqu’à commettre l’irréparable en juillet dernier avec le crash du vol MH17 de Malaysia Airlines (298 morts). Les enquêtes n’ont même pas débuté que les deux camps s’accusent mutuellement.

Vers une guerre commerciale ?

Par conséquent les Occidentaux (UE et US) ont entamé une série de sanctions visant les entreprises russes et leurs avoirs à l’étranger. Il faut aussi noter que l’Otan a intensifié sa présence à la frontière ukrainienne, envoyant plusiuers chasseurs dans les pays baltes. La réponse de la Russie ne s’est pas faite attendre, sous la forme d´un rapprochement économique accru avec les BRICS ainsi que plusieurs sanctions sur les produits alimentaires en provenance de l’UE. L’Ukraine est prise en étau, avec d’un côté les Russes qui continuent à approvisionner la rébellion russophone à l’est de l’autre l’Union Européenne et Washington qui poussent le gouvernement de Maïdan a continuer sa lutte.
On assiste donc à une réelle lutte d´influence : les Russes souhaitent garder un pays satellite pour contrebalancer la puissance européenne, et l’alliance UE-US ambitionne d’affaiblir tant bien que mal son ancien ennemi hérité de la Guerre Froide. Entre temps, le nouveau président Petro Poroshenko a lancé une offensive importante contre les bastions de l´Est, prenant Slaviansk et encerclant Donetsk. Plus de 100 000 civils ont fui la zone des combats, majoritairement vers la Russie. En définitive, le peuple ukrainien est-il réellement maitre de son destin ?

Auteur : Alexandre Aoun

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