L’Allemagne de la défense

I) La doctrine allemande d’emploi de la force armée

1) Un cadre juridique pacifiste

Les États-Unis ont fortement influencé l’écriture de la Loi Fondamentale allemande, en particulier par un certain côté pacifiste réaffirmé par de nombreux articles. L’article 26 empêche ainsi toutes préparations « en vue de préparer une guerre d’agression ». Le contrôle du parlementaire est aussi très prégnant pour éviter toute dérive de l’exécutif. L’article 87B précise ainsi que l’autorisation du Bundestag est nécessaire au déploiement de la Bundeswehr. La Bundeswehr ne pouvait d’ailleurs pas se déployer en dehors de son territoire national ou de celui de ses alliés jusqu’à une décision du Tribunal Constitutionnel allemand qui a autorisé en 1994 le déploiement de soldats allemands dans le cadre d’une mission de l’ONU dans le contexte du conflit en ex-Yougoslavie. C’est d’ailleurs la raison principale du refus allemand de s’engager en Irak en 2003 : pas de mandat de l’ONU. Le commandement de la Bundeswehr incombe en temps de paix au ministre de la défense, suppléé par le chancelier en temps de guerre. Un secrétaire d’Etat à la Défense et le chef d’état-major sont à l’échelon inférieur de la hiérarchie.

2) Un débat

D’une manière générale, la classe politique allemande ainsi que ses électeurs s’opposent à toute intervention qu’ils ne jugent pas nécessaires. Récemment, l’engagement de personnalités politiques (Joachim Gauck, président de la République, Ursula von der Leyen, ministre de la Défense ou encore Frank-Walter Steinmeier, ministre des Affaires étrangères) en faveur d’un position allemande plus affirmée a suscité une polémique dans un pays où seulement 30% de la population est favorable à un engagement dans les régions en crise. Même M. Steinmeier a considéré que cela devait être l’ultima ratio, le dernier argument. De nombreux députés de tous bords et responsables régionaux ainsi que des membres de la société civile (associations et Église en particulier) sont montés au créneau face à ces déclarations pour montrer leur désaccord et leur circonspection.

 Thomas de Maiziere accueille les nouvelles recrues

Thomas de Maiziere accueille les nouvelles recrues



II) L’état des forces allemandes

1) Une industrie de défense florissante

L’industrie d’armement allemande s’est reconstruite péniblement après la Seconde Guerre Mondiale autour de la construction d’équipements américains sous licence puis a évolué vers un savoir-faire particulier à certains domaines comme les blindés (Leopard I puis II), sous-marins d’attaque ou autres prouesses de l’aéronautiques qui sont devenues les figures de proues de l’industrie allemande. Bien que le secteur ait souffert de la fin de la Guerre froide, elle emploie néanmoins plus de 100 000 personnes à l’heure actuelle en Allemagne et reste très compétitive sur le marché mondial puisqu’elle se classait 3ème dans le classement des exportateurs en armement en 2008 avec 10% du marché mondial pour 8,7 milliards d’euros. De même, l’industrie allemande peut compter sur des acteurs puissants qui constituent un lobby important en faveur du déploiement de la Bundeswehr : Rheinmetall, ThyssenKrupp AG, Krauss-Maffei, Heckler & Koch ou encore MTU constituent autant d’acteurs dans le top 100 des entreprises d’armement. Récemment, elles ont ainsi réalisé des opérations remarquables comme l’achat de 164 blindés par l’Indonésie, 62 Leopard 2 par le Qatar ainsi que différents navires de combat à l’Algérie et Israël.

2) Une armée modernisée

Un grand mouvement de réformes de la Bundeswehr a vu le jour sous l’autorité de Theodor von und zu Guttenberg, repris depuis lors par son successeur Thomas de Maizières qui a présenté en mai 2011 un plan audacieux de refonte de l’armée allemande avec pour but l’adaptation de l’outil militaires aux volontés diplomatiques allemandes. «La prospérité contraint à la responsabilité et cela vaut aussi pour la politique de sécurité allemande», a ainsi déclaré le ministre allemand de la Défense. Cette réforme passe par une diminution des effectifs de 45 000 hommes mais aussi par une professionnalisation des forces armées pour un résultat de 185 000 hommes, volontaires temporaires, réservistes et active compris, avec pour but un contingent de 10 000 prêts à être déployé. Les économies ont ainsi permis de faire de l’Allemagne le 6ème budget militaire avec 37 milliards en 2007. Le matériel employé est relativement fiable et moderne puisqu’il peut s’appuyer sur l’industrie d’armement allemande et européenne. Il dispose ainsi d’un matériel parmi les meilleurs concernant l’aviation légère (Tigre et NH 90 principalement), les blindés (Léopard 2, Puma, Wiesel), l’aviation (Typhoon et Tornado) ou encore la marine (Frégates classe Bremen, Brandenburg, Sachsen, corvette classe Braunschweig, etc…).

Le Leopard 2, actuellement considéré comme un des meilleurs chars de combat au monde

Le Leopard 2, actuellement considéré comme un des meilleurs chars de combat au monde

III) Vers une régionalisation de la défense allemande ?

1) L’engagement allemand dans l’Europe de la Défense

L’engagement allemand dans l’Europe se caractérise avant tout par beaucoup de méfiance et de discrétion. Malgré la participation à de nombreux corps armés transnationaux (Brigade franco-allemande, Eurocorps, Corps multinational Nord-Est), elle freine le déploiement de ces régiments dans des interventions sous mandat onusien et se cantonne souvent pour le moment à de simples activités de logistique. Néanmoins, l’Allemagne participe à des opérations sous commandement européen et sous mandat de l’ONU comme l’EUFOR RDC (2006) ou encore l’EUNAVFOR Atalanta (depuis 2008). On remarquera cependant une certaine frilosité quant à la participation aux missions EUFOR Althéa (2004) ou encore EUFOR Tchad/RCA (2007). A contrario, l’Allemagne semble vouloir se concentrer sur les opérations civiles de l’Union Européenne, moins dangereuses en terme de possibilités de violations des droits de l’homme.

2) L’ONU et l’OTAN

Dans le cadre de l’OTAN mandaté par l’ONU, ou directement d’un mandat onusien, l’Allemagne a mené et mène différentes opérations incluant le déploiement de forces armées qui ont un réel impact sur l’Allemagne de la défense :
– KFOR (Kosovo) : 1023 personnels
– FIAS (Afghanistan) : 5000 personnels
– FINUL (Liban) : 230 personnels
Il est intéressant de noter la différence entre le nombre de soldats déployés directement sous mandat de l’ONU et celui sous drapeau européen qui se réduit à quelques dizaines de soldats par opération. Par ailleurs, c’est lors de l’intervention en Afghanistan que la pire crainte de la classe politique allemande s’est réalisée, celle d’une erreur militaire entraînant des « dommages collatéraux » avec le massacre de Kunduz (plus de 100 pertes civiles) et la démission du chef d’état-major ainsi que du ministre de la Défense.

Déploiement des soldats de la Bundeswehr en OPEX

Déploiement des soldats de la Bundeswehr en OPEX

Pour en savoir plus :
– SCHMITT Olivier, La RFA et la politique européenne de sécurité et de défense, L’Harmattan, 2009, Paris
– BAUER Thomas, « La stratégie de sécurité et de défense allemande : tendance et défis actuels », in Annuaire français des relations internationales, 2008, p.553-568
– SCHROEDER Gerhard, « Politique étrangère et de sécurité de l’Allemagne et réforme de la Bundeswehr », in Défense Nationale, Juin 2002, p. 113-126
– MAJOR Claudia, « La France, l’Allemagne et la défense européenne » in Visions franco-allemandes, Janvier 2013

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